A première vue, “Yoga” n’a rien d’un livre qui traite de santé mentale. Et pourtant, Emmanuel Carrère, diagnostiqué bipolaire de type 2, nous apprend tout au long de ce livre qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

Si vous vous attendiez à trouver un livre-outils du Yogi parfait, c’est raté. Yoga est, contrairement à ce qu’il laisse entendre, un livre d’introspection. L’écrivain Emmanuel Carrère, livre quatre années de crise existentielle, une crise ponctuée par les attentats terroristes, la perte d’êtres chers et un internement à Saint-Anne à Paris. “Ce livre raconte quelques années d’enfer, que reconnaîtront les gens qui ont traversé de lourdes dépressions, même si ça peut paraître dérisoire par rapport à certaines souffrances”, écrit-il. Ce livre fait écho à une pratique à la mode et pourtant c’est bien plus que cela.  “Parler du yoga du seul point de vue du Dalaï-Lama serait mensonger”. Pratiquant du yoga depuis plus de trente ans, Emmanuel Carrère avoue pourtant lui-même être un piètre exemple pour cette discipline. Peu tendre avec lui-même, il décrit : “« Je suis pathétiquement névrosé, ni sage, ni serein. J’aime la phrase de Lénine disant : « Il faut travailler avec le matériel existant, boiteux, misérable. »

Le décor de l’incipit semble, comme l’annonce le titre du livre, paisible. Et pourtant il est vite assombri par des événements dramatiques successifs : les attentats de Charlie Hebdo qui lui retire son ami Bernard Maris et une dépression qui le cloue dans une chambre de l’hôpital St Anne. On passe alors d’un isolement léger, presque loisir, à un isolement où les murs sont blancs et l’atmosphère sent le médicament, le lithium et la kétamine pour être précis. Le récit bascule d’une description détaillée de la méditation, presque scolaire, à ses nombreux électrochocs censées bousculer ses pensées jusqu’alors méditatives et divagantes. Derrière ce contraste énorme, tout semble pourtant lié. On comprend que ce stage de yoga et de méditation n’avait rien d’un club Med et qu’il n’avait nul autre fonction que de “faire le ménage dans sa tête”. La question n’est pas en substance, d’inciter à suivre un cours de Yoga pour apprendre une discipline à la mode. Il s’agit de comprendre que ces pratiques nous servent à cheminer à travers les âges de la vie et surtout à accepter les hauts et surtout les bas. A ce titre, Emmanuel Carrère utilise une métaphore sur la méditation qui pourrait être calquée à propos de l’évolution psychique de l’humain tout au long de son existence : “Au début de ce voyage, dit un poème zen, la montagne ne cesse de changer d’aspect. On ne la reconnait plus, c’est toute une fantasmagorie qui remplace la montagne, on ne sait plus du tout vers quoi on s’achemine. A la fin du voyage, c’est de nouveau la montagne, mais ça n’a rien à voir avec ce qu’on apercevait de loin il y a longtemps, quand on s’est mis en route. C’est vraiment la montagne. On la voit enfin. On est arrivé. On y est.”