Si tout a été dit sur le mythe de Kurt Cobain depuis son décès en 1994, dans “Kurt”, Laurent-David Samama a tenté de faire parler de manière romancée et post-mortem le principal intéressé. Une incursion originale et instructive à travers les derniers instants d’un homme malade.

5 avril 1994. Kurt Cobain quitte un monde qu’il ne supportait plus depuis longtemps et entre officiellement au “club des 27”. Comme Jim Morrison, Janis Joplin ou Jimi Hendrix avant lui, il tire sa révérence, d’une balle dans la tête. Il laisse derrière lui un mythe associé à son groupe Nirvana, des fans éplorés et un message qui en dit long sur sa souffrance des derniers instants : « It’s better to burn out than to fade away» ou, en français, «Mieux vaut brûler complètement que de s’éteindre à petit feu».

Si les médias, fans ou spécialistes ont tous disserté sur les raisons de sa disparition, faisant de l’icône grunge un nouvel objet médiatique, peu d’entre eux ont véritablement cherché à comprendre la détresse psychologique dans laquelle était plongé l’homme et non pas l’artiste. Le journaliste Laurent-David Samama est l’un des rares à l’avoir fait, à travers cette biographie romancée, « Kurt », qui retrace les derniers instants du chanteur, dans la peau de celui-ci. Un point de vue intéressant mais hautement périlleux puisqu’il est impossible de retranscrire des états d’âme aussi tortueux si on ne les a pas vécus soi-même. Pourtant le résultat est là. A la lecture de ce « roman biographique », on croirait Cobain ressuscité à travers son journal intime. On y découvre l’auteur de « Smells like teen spirit » dans l’intimité, fragile, loin des caméras et des paparazzis qui ont, vraisemblablement, accéléré sa descente aux enfers.

Le martyr du rock

On y découvre un gamin, d’abord créatif et joyeux, (mais déjà hyperactif) natif d’Aberdeen, dans l’État de Washington, fils de mécanicien et d’une secrétaire. Il baigne déjà dans la musique qui bientôt deviendra son refuge dès son premier « trauma ». A l’âge de 7 ans, ses parents divorcent, la première tâche dans cette enfance tranquille. On y découvre progressivement les fêlures du jeune homme, la difficulté à s’insérer dans le monde social de l’adolescence, ses premières provocations, sa manière de voir le monde déjà en rupture avec l’idéal strict et conservateur imposé par sa famille. La drogue apparaît alors comme un deuxième refuge qui fait taire pendant quelques heures son attirance déjà constante et viscérale pour le morbide.

Les dernières pages du livre qui nous rapprochent de la « fin » du mythe se lisent en apnée. Les détails de sa déchéance à l’héro et toutes sortes de substances sont insoutenables, rythmées par les overdoses des derniers mois avant sa mort. On comprend vite que ce martyr du rock n’avait pas le costume taillé pour entrer dans ce monde malgré les quelques moments de tendresse et de passion vécus auprès de sa femme et de sa fille. Alors on est tenté de se demander ce qu’il aurait été possible de faire pour empêcher ce sabotage individuel. Impuissant, le lecteur comprend qu’il n’y a peut-être tout simplement rien à comprendre.

Kurt – Laurent-David Samama (éditions Plon)