Les experts en psychiatrie le répètent ; la pandémie a provoqué et révélé une vague psychiatrique d’une ampleur mondiale. Bien que le sujet se généralise et se démocratise, rares sont les personnes qui avouent sans honte “voir un.e psy”.

En début d’année, le lancement sur Arte d’En Thérapie, une série abordant la question de la psychothérapie, a rencontré un vif succès. Un succès qui s’explique probablement par ce vibrant réalisme et cet écho à une société qui a de plus en plus mal à l’âme. Depuis le premier confinement, jamais autant de Français (un sur dix) n’avaient consulté un psy. Pourtant, 20% ont gardé le secret. Et 87% des Français interrogés n’osent même pas parler de leurs problèmes de santé mentale à leur famille. Pourquoi de tels tabous en 2021 ?

La psychiatre Fanny Jacq, psychiatre et Directrice santé mentale de Qare explique que “la France reste l’un des pays où l’on ose le moins consulter un spécialiste de la psy. Avec la pandémie, de nombreux Français disent être en souffrance psychologique, mais le tabou de la santé mentale reste toujours aussi fort. Tout l’enjeu réside aujourd’hui dans la prévention et la libération de la parole : il est alarmant de constater que la plupart des personnes qui ont consulté ou consulteront un jour n’osent pas en parler à leurs proches et préfèrent se tourner uniquement vers leurs médecins traitants.”

Persistance des stéréotypes

Selon une étude Yougov pour Qare, trois facteurs expliquent cette réticence. Il y a d’abord pour 50% des Français la peur d’être jugé. Ensuite, 36% ne voient pas l’intérêt d’en parler et 24% n’assument pas la situation. Peur du regard des autres, persistance de clichés autour de la profession de “psy”, amalgame autour de la notion de “folie” (…), nombreux sont les patients qui préfèrent travestir la réalité plutôt que de l’avouer. «J’ai des patients qui inscrivent “rendez-vous chez le coiffeur” dans leur agenda», assure Fanny Jacq, psychiatre et directrice de la branche santé mentale chez Qare Psy au magazine Slate.

«Pourtant, quand on a mal aux dents, on va chez le dentiste», schématise Didier Meillerand, fondateur du Psychodon. “Quand on a “mal à la tête”, on va donc chez le psy”. Un automatisme qui est pourtant bien intégré dans certains pays, comme c’est le cas “en Argentine, où le rendez-vous chez le psy est quasiment un passage obligé à l’adolescence, comme on va la première fois chez le gynécologue ou même chez le dermatologue”, rapporte Fanny Jacq.

Autre difficulté : la question financière

Certains vont jusqu’à renoncer à leur besoin de consulter pour une question d’argent. Alors que pour certaines spécialités, les remboursements se font en quasi totalité grâce à la sécurité sociale et aux mutuelles, le domaine de la psychologie/psychiatrie souffre encore d’une barrière financière. A ce jour, les consultations chez un psychologue ne sont pas remboursées par la sécurité sociale. Seules quelques mutuelles offrent dans certains cas une couverture. Seules les consultations chez un.e psychiatre bénéficient d’un remboursement, mais parfois avec des dépassements d’honoraires importants qui peuvent en décourager plus d’un.

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