C’est un métier du champ de la santé mentale encore mal connu. Le pair-aidant est bien souvent un ancien patient rétabli qui apporte son expérience personnelle passée aux nouveaux malades.

“Tous fragiles, tous concernés”. N’est-ce pas le slogan du Psychodon ? Derrière cet item, il y a l’idée que tous les individus peuvent être touchés, de près ou de loin, par la maladie psychique. Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes. 12 millions de personnes en France sont concernées, c’est 18% de Français. Et c’est sans compter les proches qui sont, par définition, impactés par la maladie.

Aujourd’hui, il est peu probable que ces données tendent à la baisse. Depuis le début de la crise sanitaire, le concept de “santé mentale” s’est démocratisé. La dépression, les troubles anxieux, TOC ou encore TCA (…) se sont malheureusement multipliés dans ce contexte sanitaire particulier et les services de psychiatrie ont eu aussi connu leur “vague”. Dans cette crise qui a relevé notre vulnérabilité collective, le concept de pair-aidance n’a jamais aussi bien porté son nom. Répandu depuis des années dans les pays anglo-saxon, cette forme de “psychiatrie citoyenne” commence aujourd’hui à s’installer en France. Qui mieux qu’une personne touchée (au présent comme au passé) par la maladie pour aider son voisin qui n’en est pas au même stade ? Le concept fonctionne pour tous les maux physiques ou psychiques. Cette aide mutuelle doit bien évidemment venir en complément d’un suivi médical et ne peut le remplacer. Elle a, toutefois, bien souvent la capacité d’apporter un éclairage nouveau lié au partage d’expériences.

Un peu d’histoire

En France, dans le domaine de la santé mentale, les premières tentatives de promotion de pair aidants salariés sont récentes, avec l’équipe MARSS à
Marseille en 2007 (intégration de travailleurs pairs en 2005), puis les expérimentations du programme Un Chez Soi d’Abord (2011) et du Programme Médiateurs de Santé Pairs (2012), accueillant tous deux des travailleurs pairs et assortis de programmes de recherche rigoureux.

Aujourd’hui, la pair-aidance peut se pratiquer sous différentes formes, de manière bénévole ou professionnelle. Il existe ainsi plusieurs titres de postes pour désigner des missions à la frontière entre celles des soignants et des travailleurs sociaux : Médiatrice / médiateur de santé pair, Pair praticien en santé mentale, Intervenant communautaire en santé mentale, Travailleur pair professionnel, Pair professionnel en psychiatrie… Si certains de ces pair-aidants puisent dans leur expérience personnelle de proche-aidant, d’autres sont d’anciens patients, aujourd’hui rétablis. Leurs missions sont plurielles : accompagnement dans des tâches administratives, animation de groupes de paroles, accompagnement des sorties… Les bénéfices de cet échange d’expériences sont multiples, tant du côté du patient actuel, que du pair-aidant. Pour nombre d’entre eux, cette entraide est cathartique bien que le processus de guérison soit achevé pour ces anciens malades.

Une pratique sous-développée en France

Si la pratique s’est “institutionnalisée” depuis 2012 avec le le démarrage du programme « médiateurs de santé/pair » lancé par le Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé pour la recherche et la formation en santé mentale (CCOMS), en dix ans, le développement du recrutement en matière de pair-aidance prend encore trop de temps, d’après l’association de médiateurs en santé mentale. Ils relèvent à ce titre qu’ à peine 30 médiateurs/pairs salariés pour 5 000 000 000 d’habitants ont été répertoriés sur la région PACA. Un autre chiffre est à ce titre éclairant : en 2015, dans le domaine psychiatrique, il y avait environ 10.000 travailleurs pairs aux Etats-Unis, contre une trentaine en France : 16 programme CCOMS, 4 MARSS, 9 Un Chez Soi d’Abord. Enfin, le milieu associatif regrette le nombre encore trop limité de formations (certifiantes, diplômantes ou qualifiantes) et l’absence du métier sur les listes établies par les commissions paritaires nationales de l’emploi des branches professionnelles, qui participent, selon elle “au manque de reconnaissance professionnelle”.