Oui, c’est une conséquence dont on parle peu et qui concerne pourtant beaucoup de monde : les personnes malades, ou le personnel soignant, mais aussi les personnes pour qui le confinement est source d’anxiété, qu’elles souffrent ou non d’antécédents psychiatriques.

Ainsi le personnel soignant est particulièrement exposé une étude en date du 17 avril, publiée dans la revue Encéphale montre que les soignants, en première ou en deuxième ligne, ont un risque augmenté d’anxiété, de dépression, d’épuisement, d’addiction. Ces troubles sont liés à une combinaison de facteurs : l’augmentation du niveau de stress bien sûr, la surcharge de travail, le manque de moyens ou de matériel approprié, le sentiment d’impuissance, la crainte de contaminer, d’être contaminé, des dilemmes éthiques liés à la sur-affluence de cas graves.

Ainsi les troubles psychiques sont plus marqués chez les femmes jeunes que chez les hommes, chez les infirmiers que les médecins. Si les soignants de deuxième ligne souffrent plus de traumatisme par procuration, ceux en première ligne montrent des symptômes d’anxiété, de dépression qui peuvent aller jusqu’au syndrome de stress-post traumatique.

En résulte une hausse des comportements addictifs, comme l’avait montrée l’épidémie de SRAS en 2003 chez le personnel hospitalier de Pékin, où l’on retrouvait trois ans après l’épidémie une hausse significative de l’usage d’alcool. Tendance amplifiée par l’accès facilité aux psychotropes type benzodiazépines, opiacés ou hypnotiques. L’étude conclut aussi à une hausse des conduites suicidaires, pour un personnel qui est naturellement beaucoup plus exposé que la moyenne nationale, avec un risque déjà supérieur de 50% hors crise sanitaire.

Une autre étude, publiée dans la même revue le 27 mars dernier, pointe les conséquences de l’épidémie qui fait redouter « un scénario pessimiste pour la santé physique et mentale des patients suivis en psychiatrie ». Elle suggère la création d’unité Covid pour mieux prendre en charge ces patients plus vulnérables, avec souvent de nombreuses comorbidités, et moins à même compte tenu de leurs troubles cognitifs de se protéger efficacement contre la transmission de la maladie.

Le confinement a aussi des répercussions nuisibles sur la santé mentale. Une importante étude chinoise, qui a interrogé plus de 50 000 personnes en ligne sur leur état psychologique, rapporte des résultats assez préoccupants plus d’une personne sur trois affirme avoir connu une détresse psychologique plus ou moins sévère.

L’étude a cherché à quantifier l’indice de détresse péritraumatique Covid-19 via un score de 0 à 100. Lorsque le score est compris entre 28 et 51, il représente une détresse légère à modérée, et au-delà de 52, d’une détresse sévère. 30% des personnes interrogées se situent dans la première catégorie, et plus de 5% dans la seconde.

Les femmes, une fois de plus, ont montré une détresse psychologique significativement plus élevée que les hommes. Les scores les plus élevés se retrouvent chez les plus de 60 ans, plus vulnérables à la maladie, mais aussi chez les 18/30 ans. De toutes les professions, ce sont les travailleurs migrants qui ont connu le niveau de stress le plus élevé – du fait de leur exposition souvent augmentée au virus, ou un impact plus élevé de la suspension de leur travail sur leurs conditions de vie.

D’autres marqueurs préoccupants, en France cette fois, sont à aller chercher du côté des violences conjugales ou familiales. Les chiffres du ministère de l’intérieur sont assez inquiétants : du 16 mars au 12 avril, une hausse de près de 50% des interventions à domicile. Tous les numéros d’alerte, le 114 ou le 3919 signalent également une hausse importante du nombre d’appels. Une étude, « Conséquences psychopathologiques du confinement », alerte également sur la hausse de la violence faite aux enfants.

Autre effets collatéraux ; les troubles du sommeil. La deuxième vague de l’étude Coconel – Coronavirus, Confinement, effet longitudinal, a mené une enquête sur la qualité du sommeil : résultat, les trois quarts des personnes interrogées ont déclaré avoir connu des problèmes de sommeil dans les huit derniers jours. Et parmi elles, la moitié déclare qu’ils en ont plus depuis le début du confinement.

Toujours selon cette enquête, plus d’une personne sur 3 présente des signes de détresse psychologique. Des signes d’autant plus importants que le niveau de revenu est faible : ils concernent plus de la moitié des plus bas revenus, contre seulement une personne sur 5 pour les plus aisés.

D’autres signes de détérioration psychologique lourde ont été constaté dans les EHPAD – de fait de l’isolement et de la perte de contact avec leurs proches… certaines personnes âgées présentent des « syndromes de glissement » qui se traduisent par un trouble dépressif et une perte importante d’autonomie et d’envie de vivre : des patients qui restent alités, arrêtent de se nourrir et de s’hydrater, et voient leur état physique et cognitif se dégrader très rapidement.

Si vous ajoutez à cela que le confinement augmente nettement les pratiques addictives – et sur tous les plans : produits psychoactifs (tabac, alcool, somnifères) et pratiques comportementales (réseaux sociaux, pornographie etc.) vous obtenez un tableau d’une société durement touchée par plus d’un mois et demi de confinement. Des conséquences que les pouvoirs publics devraient prendre en considération tant dans les pratiques de contrôle inutilement répressives lorsque sortir de chez soi, pour les personnes les plus fragiles, devient une urgence – que dans la façon de transmettre l’information sur les raisons exactes et la durée précise de cette quarantaine.

Un grand merci pour ses explications et son aide à la préparation de cette chronique à Marion Leboyer, responsable du pôle psychiatrie et addictologie des Hôpitaux universitaire Henri Mondor à Créteil et directrice de la Fondation Fondamental.

 

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