Etre préparé au mieux aux questions de santé mentale pour pouvoir anticiper et réagir lorsque l’on y est confronté en tant que parents. Voici quelques conseils donnés par des chercheurs des universités de McGill et de Stanford.
N’attendez pas que les adolescents viennent vers vous. Engagez la conversation avec eux.
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Marie-Claude Geoffroy, McGill University et Anthony Gifuni, Stanford University

« École ou pas, ça ne changera rien. »

« Les problèmes des jeunes sont moins gros que ceux des adultes. »

En tant que chercheurs qui se préoccupent de la prévention du suicide chez les jeunes, nous entendons parfois des gens exprimer ce type de sentiments à propos des jeunes pendant la pandémie. Cependant, la socialisation est une partie importante de la jeunesse. Si la Covid-19 a affecté les adultes, il est possible qu’elle affecte encore plus les enfants et les adolescents.

Comment expliquer à un jeune enfant pourquoi il ne peut pas jouer avec ses amis ? Comment les enfants peuvent-ils apprendre à lire les expressions du visage lorsque les gens portent des masques ? Comment voir ses copains, son petit ami ou nouer de nouvelles relations avec la distanciation sociale et des cours principalement en ligne ? Pourtant, de telles expériences sont essentielles au développement des adolescents et des jeunes adultes.

Cette nouvelle anxiété s’ajoute désormais à la multitude de problèmes de santé mentale qui touchent déjà les jeunes. Bien que les experts soupçonnent une légère hausse du nombre de suicides depuis le début de la pandémie, les statistiques de 2020 ne sont pas encore accessibles.

Y a-t-il beaucoup de suicides chez les adolescents ?

Le suicide est la deuxième cause de décès chez les adolescents. Chaque année au Canada, plus de 200 jeunes meurent par suicide.

Bien des parents se demandent ce qu’ils doivent savoir sur le suicide chez les jeunes et ce qu’ils peuvent faire pour le prévenir. Nous pensons que, avec une meilleure compréhension du suicide et grâce au fait que les adolescents passent plus de temps à la maison, c’est l’occasion pour les parents d’engager une conversation sincère et sans risques sur le suicide avec leurs enfants.

La ligne d’écoute en prévention du suicide : apprendre à écouter » avec Dylan Gunaratne, bénévole pour la ligne de crise.| TEDxCalStateLA.

Ce que les parents doivent savoir sur le suicide chez les adolescents

Chaque vie enlevée par suicide est une vie de trop. Lorsqu’une personne se suicide, ses proches sont gravement affligés et les membres de la communauté, tels que les élèves et les enseignants, sont également éprouvés.

Pour chaque suicide, il y a beaucoup plus d’adolescents qui pensent au suicide ou qui font une tentative de suicide. Selon notre étude, avant l’âge de 21 ans, environ 22 % des adolescents affirment y avoir pensé, 10 % l’avoir sérieusement envisagé et 7 % avoir fait une tentative de suicide. Si les risques de décès restent faibles, les idées suicidaires ou les tentatives sont courantes.

Il existe un écart important entre les sexes pour les décès par suicide : environ deux ou trois garçons pour une fille. Cependant, les filles font davantage de tentatives de suicide.

Pourquoi le taux de suicide est-il plus élevé chez les garçons ? Premièrement, les garçons utilisent souvent des moyens plus violents, ce qui rend l’intervention médicale difficile. Deuxièmement, les stéréotypes de genre (« les garçons sont forts ») peuvent encourager les jeunes hommes à dissimuler leurs pensées intimes et les dissuader de demander de l’aide. Mais l’écart se réduit. Le taux de suicide est en hausse chez les filles et les jeunes femmes au Canada.

Pourquoi les adolescents tentent-ils de s’ôter la vie ? Cette question troublante n’a pas de réponse claire.

Le suicide est un phénomène complexe, avec des interactions biologiques, psychologiques et sociales.

Le projet « It Gets Better » incite les gens du monde entier à partager des histoires pour rappeler à la prochaine génération de jeunes LGBTQ+ que l’espoir existe.
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Les pensées et comportements suicidaires sont étroitement liés à des troubles mentaux comme la dépression majeure, l’anxiété, les troubles du comportement, le déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et l’alcoolisme ou la toxicomanie.

Certains troubles de la personnalité, tels que la personnalité limite, peuvent aussi entraîner un risque accru de suicide.

Nous savons également que le taux de suicide est plus élevé chez les jeunes Autochtones et pour ceux qui s’identifient comme lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, queer ou en questionnement (LGBTQ+).

« Tomorrow’s Hope, un dessin animé du gouvernement albertain sur la prévention du suicide chez les jeunes des Premières Nations.

De nombreux experts soulignent que l’utilisation accrue des médias sociaux et la cyberintimidation sont des facteurs qui alimentent la crise de santé mentale. Environ 15 % des adolescents déclarent avoir été victimes de cyberintimidation au moins une fois par an.

Avec la crise de la Covid-19 et la hausse du temps passé en ligne, les risques de temps d’écran excessif, de solitude et de cyberintimidation pourraient avoir augmenté, ce qui engendre des effets négatifs sur la santé sociale et mentale.

Ce que les parents peuvent faire pour prévenir le suicide

Les idées suicidaires sont souvent le signe d’une détresse psychologique. Par conséquent, elles doivent toujours être prises au sérieux.

Selon une étude américaine récente, 50 % des parents ignorent que leurs adolescents, surtout les plus jeunes, pensent au suicide.

C’est pourquoi il est important d’être présent et vigilant. Soyez particulièrement attentifs aux signaux d’alerte. N’attendez pas que les adolescents viennent vous voir. Engagez la conversation avec eux.

Remarquez tout signe de souffrance psychologique, d’automutilation non suicidaire, d’isolement social, d’augmentation de la consommation de drogues ou d’alcool ou de recherche de moyens pour mettre fin à ses jours sur Internet. Tout geste d’exploration du suicide ou tout signe de tentative de suicide doit être considéré comme un signal d’alarme.

Le vidéo du projet’It Gets Better’.

Que faire

La Fondation américaine pour la prévention du suicide recommande aux parents soucieux de poser directement la question.

On peut dire : « Je suis inquiet parce que j’ai remarqué que ton comportement avait changé ces derniers temps. Certains adolescents qui traversent une période difficile peuvent avoir des idées noires ou même des pensées suicidaires, est-ce que c’est ton cas ? »

En posant une question sur le suicide, vous montrez votre préoccupation. Cela n’augmentera pas les pensées suicidaires et ne mettra pas des idées dans la tête de votre enfant.

La meilleure réponse parentale consiste à valider les émotions de votre adolescent. Valider ne signifie pas être d’accord, mais reconnaître et accepter véritablement les sentiments, les pensées et les comportements.

Cependant, un adolescent peut ne pas avoir envie de partager ou d’exprimer sa solitude. Lorsque la communication est difficile, dites à votre adolescent que vous êtes disponible et assurez-vous qu’il a quelqu’un à qui se confier.

La validation peut être difficile. On encourage les parents à chercher un soutien de professionnels pour eux-mêmes et à consulter des livres qui aident à pratiquer la validation.

Ne pas tarder à demander de l’aide

La plupart des adolescents qui passent de l’idéation à la tentative de suicide le font au cours de la première année. Demandez de l’aide dès le début.

Environ la moitié des adolescents qui ont essayé de se suicider feront une nouvelle tentative au cours de leur adolescence.

Pour certains, le risque subsiste à l’âge adulte. Le risque de mourir par suicide est plus élevé pour ceux qui ont fait plusieurs tentatives. Restreindre l’accès aux moyens, en plaçant par exemple les médicaments dans un endroit fermé à clé, est une bonne stratégie de prévention.

Il est important de savoir qu’un soutien social adéquat et des soins de santé mentale professionnels peuvent changer la perception de la vie. Si le suicide peut apparaître comme une solution pour un adolescent en souffrance, ce ne l’est jamais. La guérison est toujours possible. Il faut rappeler aux adolescents qui ont des idées suicidaires qu’il n’est jamais trop tard pour bâtir une vie qui vaut la peine d’être vécue.

Si les premières interventions doivent être axées sur la sécurité, le traitement à long terme doit viser à créer des facteurs de protection, tels que l’acceptation de soi, les relations de soutien et l’engagement envers des objectifs de vie positifs. En cette époque où on met l’accent sur le rétablissement, les récits de personnes qui ont survécu à l’idéation ou à des tentatives de suicide et qui sont passées de la survie à l’épanouissement peuvent être une source importante d’espoir.

« Du suicide à l’espoir, comment j’ai appris à me battre », entretien TEDxAuckland avec Jazz Thornton.

Ressources pour les parents et les adolescents

Évaluer le risque suicidaire est complexe, même pour un professionnel de la santé mentale avec beaucoup d’expérience. Il n’existe pas de test sanguin ou d’examen cérébral qui puisse prédire avec précision qui fera une tentative ou qui mourra par suicide.

Selon l’ampleur du besoin, nous recommandons que les parents inquiets appellent une ligne d’assistance, contactent le thérapeute de leur enfant ou emmènent celui-ci au service des urgences de l’hôpital. Une visite aux urgences peut être appropriée lorsque le risque est élevé ou imminent.

Les services de santé mentale sont disponibles dans le secteur privé ou dans des institutions publiques telles que les écoles et les cliniques médicales. Des traitements comme la thérapie comportementale dialectique, ou la thérapie cognitivo-comportementale lorsque les parents s’impliquent, se sont avérés efficaces pour réduire le risque de suicide chez des adolescents vulnérables.

Même si l’on ne s’attend pas à ce que vous sachiez exactement quoi faire ou dire si votre adolescent a des pensées suicidaires, vous pouvez néanmoins lui être d’un soutien précieux.

Marie-Claude Geoffroy, Assistant Professor, Department of Educational and Counselling Psychology and Canada Research Chair in Youth Suicide Prevention, McGill University et Anthony Gifuni, Visiting Scholar, Department of Psychology, Stanford University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.