Philippe d’Ornano, Président de Sisley.

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Comment expliquer le silence qui entoure les maladies mentales, alors qu’elles touchent en France un si grand nombre de personnes, quatre pour cent de la population.

Devant une situation d’une telle ampleur, d’habitude on agit, on mobilise, on s’organise comme c’est le cas notamment pour le cancer ou le sida.

Rien de tel pour la bipolarité, rien de tel pour les dépressions sévères, rien de tel pour la schizophrénie, une maladie qui a emporté ma sœur Lætitia, et dont est atteint Alain, le frère de Didier Meillerand, comme près de 600 000 personnes en France. Entre pudeur et tabou, la schizophrénie reste une maladie recouverte d’un voile fait de peur, d’idées fausses et de non-dits.

Maladie mal connue du grand public, source de fantasmes, alors qu’elle se soigne et que dans la plupart des cas, on peut vivre avec, si elle est dépistée tôt et bien prise en charge. Maladie de la culpabilité, du déni parfois, y compris pour la famille et l’entourage qui pourtant ne se sentiraient pas responsables d’avoir un parent ou un enfant atteint par une autre maladie.

Maladie qui brise le lien avec les autres, transformant radicalement la personnalité, ce qui fait l’essence de l’être. Souffrance des malades mais aussi de leurs proches qui doivent apprendre à recréer une relation avec ceux qu’ils aiment.

Maladie difficile à prendre en charge, car le malade n’est le plus souvent pas conscient de l’être et refuse alors de se soigner.

Mais maladie où l’espoir demeure, tant les progrès sont possibles dans le dépistage, la prise en charge, la qualité des traitements et les formules d’accompagnement.

Dans ce livre plein de tendresse et de franchise, Didier Meillerand met les mots sur les choses. Il raconte le désarroi et la souffrance des familles, souvent livrées à elles-mêmes, alors qu’elles jouent un rôle central dans la relation avec le malade. Il décrit aussi comment à côtoyer son frère il a appris une façon différente de voir la vie, un apprentissage d’une relation nouvelle à l’autre, non plus seulement rationnelle mais faite d’attention et d’écoute.

Le témoignage personnel de Didier Meillerand est un appel à se mobiliser pour enfin apporter une réponse collective à la hauteur de l’enjeu.