On n’a jamais autant parlé de santé mentale, et dans le monde « d’après », ça risque de continuer. Alors, pour les entreprises, il va falloir s’y mettre.

Crise sanitaire, incertitudes économiques, télétravail généralisé, confinement… difficile de garder la tête froide pendant la crise tant les bouleversements de notre quotidien sont nombreux. Selon une étude Opinion Way, 44% des travailleurs seraient en situation de détresse psychologique. Une autre étude menée par QAPA en début de confinement indiquait que 57% des salariés pensent avoir besoin d’un accompagnement psychologique par la suite.

En entreprise aussi, le confinement fait donc naître de nouveaux besoins. Pour Jean-Victor Blanc, psychiatre et auteur du livre Pop&Psy qui tente de lever les tabous sur les troubles mentaux, plus que jamais « intégrer la santé mentale de leurs employés va devenir quelque chose de nécessaire pour les entreprises. »  Problème : 89% des entreprises ne proposent aucun accompagnement psychologique.

Troubles mentaux en entreprise : à la frontière entre le pro et le perso

Parler de santé mentale au bureau, on n’en est pas encore là. D’ailleurs, le terme même de « santé mentale » n’a pas fait son entrée dans l’open-space. « On est plus dans des approches préventives des risques psycho-sociaux », explique Arnaud Gilberton, fondateur du cabinet de conseil en RH idoko. On préfère donc parler de bien-être ou de qualité de vie au travailalimentant parfois un business bien juteux.

Il vaut mieux prévenir que guérir, soit. Mais que faire lorsque les troubles sont là ? Une question délicate pour les entreprises qui doivent se positionner sans empiéter sur la vie privée des salariés. Un véritable casse-tête pour les DRH qui, d’après Arnaud Gilberton, essaient surtout « d’éviter les situations de souffrance liées au travail, sans aller sur un terrain trop perso de peur de mettre le doigt dans l’engrenage. » Mais, même au bureau, la question de la santé mentale dépasse le cadre de la souffrance liée au travail. À mesure que les troubles mentaux se banalisent dans la société, le monde professionnel doit aussi composer avec ces éléments extérieurs à l’activité professionnelle. Des pathologies souvent invisibles qui nécessitent parfois des aménagements dans l’organisation du travail.

L’expérience commune nous fait prendre conscience des difficultés individuelles

Enfermés entre quatre murs au milieu d’une crise sanitaire inédite, on ne s’est probablement jamais autant intéressés à notre bien-être psychique. Et c’est peut-être une bonne nouvelle. Un sentiment partagé par Jean-Victor Blanc qui mise sur cette « expérience commune » pour apporter plus de compréhension et d’empathie envers les personnes atteintes de troubles mentaux.

Il faut dire qu’à se laver frénétiquement les mains dès qu’on met le nez dehors, on imagine mieux le quotidien des personnes souffrant de TOC concernant l’hygiène. Idem pour celles qui souffrent d’anxiété, d’isolement ou de dépression, des sentiments auxquels quasiment tous les Français ont été confrontés pendant le confinement. Quasiment tous, et donc également les managers qui « vivent la même situation que leurs équipes », note Arnaud Gilberton. De quoi leur permettre de mieux prendre en compte les émotions et les ressentis de leurs collègues.

Les bienfaits du confinement

Pour certains, la situation actuelle est l’occasion de faire l’expérience de sentiments comme l’anxiété ou la tristesse. Pour d’autres, le confinement est synonyme de soulagement. Jean-Victor Blanc constate ainsi que « paradoxalement, plusieurs patients font état de phénomènes d’anxiété apaisés. » La raison : le télétravail. Même subi et appliqué dans des conditions exceptionnelles, il a l’avantage d’éviter de se confronter aux transports en commun tous les jours et donc aux troubles anxieux qui peuvent en résulter. Pour d’autres, l’apaisement vient d’un meilleur rythme de travail, sans réunions inutiles qui s’éternisent ou interruptions intempestives sources de stress. En bref, une organisation du travail plus adaptée a été mise au jour grâce au confinement.

Vers des RH hyper individualisées ?

Entre les salariés pour qui le télétravail est une bénédiction et ceux qui dépriment loin de leurs collègues, le défi pour les entreprises est de taille pour prendre en compte les besoins de chacun. « Du côté des DRH, il faudra à la fois être à l’écoute des besoins individuels tout en gardant un cadre commun. Et c’est là où le curseur va être difficile à placer », résume Arnaud Gilberton.

Pour trouver le bon équilibre, une solution : s’appuyer sur les middle managers. En prise directe avec leurs équipes, ils sont les plus à même d’identifier les besoins individuels et d’adapter les politiques générales au cas par cas. Le consultant en RH en est persuadé « la réussite des entreprises sur le terrain de la santé mentale va reposer sur les managers de proximité. » Et cette réussite n’a rien d’anecdotique. « En 2020, les entreprises qui nient l’importance des enjeux psychiques de leurs salariés s’exposent à de grosses déconvenues, » affirme ainsi Jean-Victor Blanc.

Alors que la crise sanitaire laisse place à une crise économique, psychiatres comme spécialistes des RH en sont convaincus, la santé mentale en entreprise est un sujet stratégique.

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